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Une intelligence artificielle made in Espagne révolutionne le diagnostic en dermatologie

Une intelligence artificielle made in Espagne révolutionne le diagnostic en dermatologie

Rendez-vous dermatologique en France ? Quatre mois d’attente en moyenne, pour un coût qui dépasse souvent les 80 euros. De l’autre côté des Pyrénées, une entreprise de Bilbao a décidé de changer la donne avec une intelligence artificielle qui soutient le diagnostic, mesure la gravité des lésions et réduit les erreurs. Voici comment Legit.Health s’impose dans les hôpitaux européens.

De l’errance médicale à l’IA : la genèse de Legit.Health

Andy Aguilar connaît la dermatologie par une porte douloureuse : sa propre peau. Enfant, elle sent que quelque chose ne va pas. Elle consulte, on lui donne des diagnostics variés, parfois erronés. Les rendez-vous s’espacent, les symptômes s’aggravent. Cette expérience, des milliers de patients la vivent chaque jour.

Une prise de conscience qui change tout

En cherchant de l’aide, Andy Aguilar découvre que le savoir clinique en dermatologie existe et qu’il est excellent. Le vrai problème, c’est l’accès à l’information. Une lésion est décrite par des mots dans un compte-rendu. L’évaluation d’un psoriasis peut varier d’un médecin à l’autre. La photo d’une consultation n’est jamais comparable à celle de la précédente. Il manque un outil qui standardise et objective.

Face à ce constat, elle décide de fonder Legit.Health en 2020 à Bilbao. Le choix fondateur est risqué : créer un dispositif médical réglementé, validé avec des hôpitaux, plutôt qu’une application grand public. C’est la voie lente et coûteuse, mais la seule qui permette d’entrer dans un cabinet médical.

Comment fonctionne concrètement ce logiciel médical ?

Legit.Health ne nécessite ni matériel supplémentaire ni caméras spéciales. Un simple smartphone suffit. Le professionnel prend une photo du problème cutané et, en quelques secondes, l’écran affiche des informations cliniques exploitables.

Le système ne rend pas un verdict définitif. Il propose un diagnostic différentiel hiérarchisé, basé sur la classification internationale des maladies (CIM-11). Une distribution de probabilités s’affiche, avec les éléments visuels sur lesquels l’IA s’est appuyée. Le médecin garde donc la main sur la décision.

Une mesure objective de la gravité

L’autre fonction clé est la quantification des signes cliniques. Érythème, desquamation, induration, pustules, nodules… Une quarantaine de signes différents sont analysés et mesurés automatiquement.

Les scores utilisés par les spécialistes sont calculés sans effort : PASI pour le psoriasis, SCORAD pour la dermatite atopique, IHS4 pour l’hidradénite suppurée. Un chiffre reproductible, qui permet de suivre l’évolution d’un patient et de comparer les évaluations entre professionnels. Fini la subjectivité.

Des résultats mesurés dans les hôpitaux, pas seulement en labo

L’entreprise a publié des chiffres issus d’études contrôlées. Ils méritent qu’on s’y attarde :

– 📈 La précision diagnostique des médecins augmente de 15 à 21 points de pourcentage selon le contexte
– 🩺 En soins primaires, étude contrôlée : amélioration de 63,7 % à 81,9 %, soit plus de 18 points
– 🧑🏾🤝🧑🏿 Sur les peaux foncées, le gain atteint 23,3 points, un résultat supérieur à la moyenne
– 🦠 Dans les maladies rares, progression de 27 points
– 🏥 Dans un hôpital public, la moitié des cas ont été résolus sans orienter le patient vers un spécialiste
– 📉 Les demandes de consultations spécialisées ont chuté de 17 %

Ces gains sont plus marqués quand le problème est complexe. Comme le dit Andy Aguilar : « L’effet de l’IA est plus important là où le problème est le plus complexe. Elle fonctionne comme une mémoire visuelle étendue et réduit la variabilité entre les professionnels. »

La confiance des médecins : un produit design plutôt qu’une boîte noire

Le scepticisme des médecins ne porte pas sur l’IA elle-même, mais sur le format des réponses. Un médecin ne peut pas endosser la responsabilité d’une décision qui lui arrive sans possibilité de vérification. La boîte noire, c’est rédhibitoire.

Legit.Health a donc conçu une interface qui met en avant des probabilités, des mesures objectives vérifiables et une explication directement sur l’image. Le praticien comprend le raisonnement de l’outil. Il peut l’expliquer à son patient.

Un outil qui s’efface dans le quotidien médical

Le temps de consultation est une ressource précieuse. Imposer une nouvelle application à un médecin débordé, c’est l’échec garanti. Legit.Health s’intègre donc directement au dossier médical électronique déjà utilisé par l’hôpital.

Le professionnel ne change pas sa façon de travailler. Il prend la photo avec son matériel habituel et reçoit les informations sur son écran habituel. En quelques secondes. C’est cette simplicité qui a convaincu les équipes soignantes.

Quel est l’avenir du dermatologue face à l’IA ?

Pour Andy Aguilar, le remplacement du dermatologue n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui va changer, c’est la répartition des tâches. Le tri et le suivi, ces activités à fort volume et répétitives, seront automatisés et transférés vers les centres de santé et les services infirmiers.

La liste d’attente pourrait être organisée en fonction du risque et de l’urgence, plutôt que par ordre d’arrivée. La gravité d’une maladie deviendrait une donnée comparable d’une visite à l’autre et d’un centre à l’autre.

Le risque du biais d’automatisation

Un danger guette : le biais d'automatisation. Il survient quand l’outil fonctionne si bien qu’on cesse de le vérifier. La conception du système y répond par la transparence. Pas de verdicts définitifs, des probabilités. La responsabilité clinique, souligne la fondatrice, n’est pas déléguable. La réglementation exigeante joue aussi un rôle de garde-fou.

En 2036, le dermatologue aura cessé d’être un classificateur d’images. Il consacrera son temps aux patients qui en ont réellement besoin. C’est une redéfinition profonde du métier, vers plus d’humanité.

Une expansion qui dépasse les frontières européennes

Legit.Health est une entreprise née au Pays basque, qui opère déjà à l’international. Le marquage CE européen lui permet de se déployer dans tout l’espace de l’Union européenne. Son enregistrement auprès de l’ANVISA au Brésil ouvre le marché sud-américain.

Aux États-Unis, l’autorisation de la FDA est en cours d’obtention pour une utilisation clinique. L’entreprise travaille déjà comme prestataire pour des sociétés pharmaceutiques et biotechnologiques dans des essais cliniques dermatologiques.

Une technologie unique, des voies d’accès multiples

La technologie, explique Andy Aguilar à Euronews, est la même sur tous les marchés. Ce qui change, c’est le chemin réglementaire propre à chaque pays. Une donnée qui ralentit ou accélère la certification selon les juridictions.

De la douleur personnelle d’une enfant à la conquête du marché américain, l’histoire de Legit.Health illustre une tendance de fond : l'IA médicale ne se déploie pas comme un gadget. Elle s’intègre dans un cadre réglementaire strict, avec la confiance des soignants comme boussole. Un cas concret de la façon dont la technologie peut réduire les inégalités d’accès au diagnostic, des hôpitaux publics aux zones sous-équipées.

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